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dimanche 14 avril 2019

Conte du lundi # 147

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John Salminen

"En haut de la rue Saint-Vincent, un poète et une inconnue,

S'aimèr'nt l'espace d'un instant, mais il ne l'a jamais revue.
Cette chanson, il composa, espérant que son inconnue,
Un matin d'printemps l'entendra quelque part au coin d'une rue."

(La Complainte de la Butte)

C'est de "l'espace de l'instant" que je voudrais que vous me parliez.
Histoire inattendue, éphémère, dès lundi !


Mon texte (suite des 2 précédents) :

Ce matin-là, elle décida d'en finir. 
A quoi bon attendre, espérer, se raconter toute une histoire, jusqu'à mettre en scène sans l'accord de "l'autre" ?
"L'autre" habitait juste en face de chez sa sœur. 
Elles n'avaient jamais été très proches, même lorsqu'elles étaient enfants. Des caractères si différents, pas les mêmes jeux, pas les mêmes centres d'intérêt ni les mêmes fréquentations. 
Mais lorsqu'elle avait appris qu'"il" vivait à quelques mètres de chez elle, elle su reprendre contact, se faire inviter avec les autres, créer un faux passé rempli de confidences partagées, affinités, souvenirs communs... En quelques mois, elle avait bâti un univers solide mais sur des fondations extrêmement fragiles pour ne pas dire inexistantes.
Qu'importe ! Ce qui comptait, c'était de pouvoir l'approcher, scruter ces rideaux jaunes, franchir le seuil, grimper lentement les escaliers en espérant le croiser. Au début, elle se risqua même à déambuler dans le dédale de couloirs, cherchant sa porte. Elle chercha un nom, aucune porte n'en affichait. Pas même de numéro. Où se nichait la vie derrière ces portes fantômes ? On ne percevait aucun bruit, et pourtant, tous les appartements étaient occupés.
Ce matin-là, il pleuvait. Entre bruine et averse, balayant la douceur des jours précédents et vidant les rues. Il avait fallu ressortir des vêtements chauds.
Elle avait glissé la lettre dans son sac. Un message rédigé laborieusement dans la nuit. L'insomnie l'avait ligotée dans une amère désespérance et elle su, l'espace d'un instant, qu'il fallait prendre une décision. Elle mit du temps pour trouver les mots, pour argumenter, confier son secret. Tout en marchant, elle pensait que son texte était si beau que, toute célébrité qu'"il" était et elle une quelconque inconnue, ça ne pourrait que le frapper. D'autant plus avec la photo qui accompagnait la déclaration. Il faut suivre son intuition, c'est tout !

lundi 8 avril 2019

Conte du lundi # 146

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carel weight 2

Voici trois maisons ! 
De quoi nourrir une vie de quartier, n'est-ce pas ?
Les rideaux se soulèvent...
On attend les commères... lundi chez Lakévio !

Mon texte (faisant suite à celui de la semaine dernière) :

Elles ont oublié de refermer la fenêtre hier ; fort heureusement, il n'y a pas eu de pluie cette nuit. L'appartement sera bien aéré car elles n'ont cessé d'allumer cigarette sur cigarette. Mais je les soupçonne de s'être mises là, à la fenêtre, pour zieuter ce qui se passait. C'est chaque fois pareil, dès que sa sœur vient. Hier, elles avaient la même robe et la même coiffure. Aucune personnalité ! C'est comme la musique qu'on entendait, toujours les mêmes rengaines pour danser. C'est pas mon truc, de toute façon je n'ai pas le temps de m'amuser moi, je bosse, et même le samedi. Je n'ai pas de tenue de soirée, je ne sais pas danser, je n'ai pas de conversation, qu'est-ce que je dirais aux filles ?
En attendant, ces deux-là ne cessaient de regarder chez "l'autre". Ah ! les bécasses, si elles savaient...

dimanche 31 mars 2019

Conte du lundi # 145

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Fabian Perez CENISIENTAS OF THE NIGHT
Fabian Pérez - Cendrillons de la nuit

Mon texte :
- Tu vois la fenêtre là-bas, complètement à droite, avec le rideau jaune ? C'est là qu'il habite !
- Tu es sûre que c'est lui ?
- Absolument certaine !
- Et alors ?
- Alors quoi ?
- Tu le vois, des fois ? Le rideau semble très épais. Même quand la lumière est allumée, on ne doit rien voir, non ?
- C'est vrai que le rideau est toujours tiré mais je te dis que c'est SA fenêtre.
- Mais tu l'as déjà vu ?
- Bien sûr !
- Je veux dire, vu à cette fenêtre ?
- Ben non, jamais à cette fenêtre.
- Tu trembles ? Tu as froid ? C'est vrai qu'on est habillé très légèrement et à cette heure tardive, il ne fait pas si chaud que ça...
- Non merci, ça va. Ton regard ne quitte pas la fameuse fenêtre, ah ah !
- Et toi donc ! On aurait pu rester dans l'autre pièce, mais avoue que tu voulais avoir l'oeil sur TA fenêtre.
- Ce n'est pas MA fenêtre.
- Tu ne cesses de la regarder depuis le début de la soirée !
- Ne crois pas que je sois une voyeuse.
- Je ne crois rien, mais ça m'intrigue. Comment peux-tu être sûre que c'est vraiment SA fenêtre ? Et qui plus est, celle de la chambre...
- Chut ! Regarde, la lumière !
- Retirons-nous !
- Non, je ne bougerai pas. Nous sommes juste en train de fumer.
- Mouais, ça fait une heure qu'on y est. Nous n'avons plus qu'un misérable mégot entre les doigts... Personne ne serait dupe.
- Tu me fais la morale, mais tu ne te rends même pas compte que tu allonges le cou, que tu es à la limite de basculer dans le vide pour mieux voir...
- Je suis bien obligée de me pencher, tu me bouches la vue.
- Vite ! recule !!!
- Oh la la, j'ai le cœur qui bat à mille à l'heure !
- Moi aussi ! La peur que j'ai eue ! 
- Mais... mais tu pleures ?
- C'est, c'est plus fort que moi, je... je... Oh ! zut, ceux d'en face sont rentrés, il faut qu'on ferme.

dimanche 24 mars 2019

Conte du lundi # 144

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Heather Buchanan newman-880


La consigne :
Luce appelle Francis.
Nous ne connaissons que les réponses de Francis.
A vous d'imaginer  et d'intercaler ce que raconte Luce,connue pour être très bavarde en toutes occasions, et surtout au téléphone.


 Mon texte :

- Oui ?

- C'est moi ! C'est quoi ce petit rire ? Je te dérange peut-être ?

- Non.

- Non ? Mais quoi, allô ! tu me dis si je te dérange. Je peux te rappeler plus tard si tu préfères, mais tu vois, là, j'ai un peu de temps, parce que tout à l'heure, je dois aller récupérer le petit chat de Simon et après, y'a Timéo qui rentre de l'école et puis, enfin, tu comprends ? Tu préfères quoi ?

- Mais, comme tu veux !

- Ok, ok. Tu savais que Simon allait avoir un nouveau petit chat ? Oui parce son Mistrigri a été écrasé, écrasé par le voisin.

- Ah bon !

- Eh oui, le voisin ! Cet abruti sort toujours de son garage sans faire attention. Simon se demande s'il ne devrait pas porter plainte...

- Mais non !

- Donc il va continuer et le nouveau petit chat risque d'y passer à son tour. Tu n'es pas d'accord avec moi ?

- Non

- Ok, au moins c'est clair de ta part. Pourtant, d'habitude tu es d'accord avec mes avis ?

- Pas cette fois.

- Ok, je n'insiste pas. Simon cherche un nom pour son petit chat. Que penses-tu de Nimbus ?

- Pourquoi pas.

- Tu dis "pourquoi pas" sans savoir comment il est, ce nouveau petit chat. Tiens, ça me fait penser qu'il y a 3 autres chatons à adopter, tu ne voudrais pas en prendre un ?

- Ah, non !

- Ok, c'est clair, je n'insiste pas. C'est vrai qu'un chat, ça demande qu'on s'occupe un peu et puis quand tu veux partir, faut trouver quelqu'un qui s'en occupe.

- En effet.

- Sinon, en fait, je t'appelais pour te demander quelque chose, d'accord ?

- Peut-être.

- Hum, peut-être, généralement, ça veut dire non... Mais je suis bête, je ne t'ai même pas dis de quoi il s'agit. C'est pour Timéo. Comme tu es son parrain, hein... Bon, après, tu n'es pas obligé d'accepter. Tu me connais, je trouve toujours une solution à tout problème. Mais là, j'aurais vraiment besoin de ton aide. Si Timéo voit le petit chat de Simon, il va en vouloir un. Tu ne crois pas qu'il vaudrait mieux qu'il ne le voit pas ? Un chaton, c'est trop craquant...

- Fais pour le mieux.

- Ben justement, le mieux ça serait que tu ailles chercher Timéo à l'école pendant que je vais apporter Nimbus chez Simon. C'est possible pour toi ?

- Oui.

- Super, merci Francis, je savais qu'on pouvait compter sur toi. Tu pourras lui prendre un chausson aux pommes pour son goûter ?

- D'accord.

- Super. Et comme il fait beau, tu peux l'emmener une petite heure au square afin qu'il se dépense un peu ? Comme ça, ce soir, il s'endormira plus facilement. Et puis ça te fera du bien à toi aussi, Manounette m'a dit que tu avais commencé un régime et que tu t'étais remis au sport ?

- C'est ça.

- Ah ben, voilà, c'est parfait ! En te passant ce coup de fil, c'est à toi que j'ai rendu service ! Bon, ben, à tout à l'heure !

- A tout à l'heure.

lundi 18 mars 2019

Conte du lundi # 143

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Toile de Joshua Miels 


Inclure cette phrase dans notre texte :

"Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."
Extrait de "Le Lion" de Jodeph Kessel


Mon texte :

"Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."
Et dans l'urgence de la situation, c'est un homme comme François qu'il nous avait fallu. Nous n'avions guère eu le temps de faire sa connaissance, d'approfondir sa motivation ; nous l'avions reçu sur recommandation de Monsieur V. et c'était déjà un gage de confiance. 
Il a suffit de sa poignée de main et du premier regard pour que je sois assurée que nous avions beaucoup de chance.
François a eu un parcours atypique. Il a traversé les épreuves sans être marqué par le temps. Il sait répondre à toutes sortes de situations tout en gardant sa dignité. 
Il a su gagner immédiatement le respect de chacun.
Il nous aura fallu 17 jours pour que tout s'apaise.
J'en suis sortie épuisée. 
François m'a dit ce matin, avec douceur, que j'étais à la limite de ce que je pouvais supporter, qu'il serait peut-être judicieux de laisser Martine prendre le relais pour les dernières formalités.
J'ai commencé par protester, sans doute par orgueil. Comment pouvais-je oublier à ce point que nous étions une équipe, que ce n'était pas mon titre ronflant qui exigeait le partage des taches. Je me suis inclinée, il a saisi ma reconnaissance. 
Martine a promis de me soumettre son rapport avant de l'envoyer au ministère.
Demain, nous mangerons tous ensemble avant le départ de François. Mais j'ai l'intuition qu'il ne viendra pas...

lundi 11 mars 2019

Conte du lundi # 142

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Fanny Nushka Moreaux contemporary French artist
Fanny Nushka-Moreaux - Une journée ensoleillée - 2014


Mon texte :

Il suffit d'un rayon de soleil
du souffle tiède d'un vent coquin
du réveil d'une abeille
du chant d'un oiseau au petit matin

Il suffit d'un sourire malicieux
d'une robe plus légère
de l'éclat bleu des cieux
d'un peu plus de lumière

Il suffit d'ouvrir sa veste
de quitter le pull de laine
d'élargir chaque geste
de rire à perdre haleine

Pour savoir que le printemps est tout proche
qu'on enfouit l'hiver au fond de sa poche

dimanche 3 mars 2019

Conte du lundi # 141

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Truite arc-en-ciel par Jon Q. Wright


Une partie de pêche.

"Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée, tout à coup une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée.
C'était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée."
(d'après Erckmann-Chatrian)


Doublez le texte (au moins !) grâce à l'ajout d'adjectifs, adverbes, conjonctions, propositions conjonctives, relatives, etc...
Bref, noyez le poisson !
Pêche aux textes, lundi !

Ma participation :
Un jeudi, à moins que ça ne soit un vendredi, mais je ne le pense pas car notre mère exigeait avoir les ingrédients la veille, de bon matin, c'est-à-dire avant même le lever du soleil, debout sur une roche, peu rassuré car craignant de me casser la figure, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Enfin, quand je dis "claires" c'est vite dit car on ne peut pas dire que de nos jours, les flots soient particulièrement limpides... Ah, quel bonheur, quelle exaltation, quelle fierté quand au bout de quinze à vingt minutes, qui m'avaient paru durer une éternité car je ne suis pas un modèle de patience, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée, agitée à cause du passage incongru d'un gros toutou que son maître n'avait pas eu la correction de tenir en ligne comme il est stipulé dans le règlement du parc régional, tout à coup une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu, eh bien, c'est pas trop tôt ! et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée. Pendant un instant, je cru que l'animal s'était décroché, et là, si cela s'était avéré, j'en aurais été particulièrement rageur.
C'était un gros ! Et quand je dis un gros, ne croyez pas que j'exagère à la manière des braves gens de Marseille. Franchement, ma prise était d'une taille remarquable, exceptionnelle, fabuleuse pour le gamin inexpérimenté que j'étais encore à cette époque. Je le laissai filer, sur les conseils de mon père tout proche et vert de jalousie, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, et ça, faut le faire car je ne vous dis pas le poids du matériel, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée. Mon père se précipita mais je lui criais qu'il n'y touche pas, non mais, c'est MA prise, et je sais comment on décroche l'hameçon. Bon, j'avoue que ce ne fut pas simple, j'arrachais en partie la gueule de cette malheureuse truite et m'égratignais férocement à mon tour. Mon père ne cessait de soupirer, de grommeler dieu sait quoi, et ça ça a le don de m'exaspérer et je deviens maladroit. Une fois que la bestiole fut délivrée, je la saisis mais elle me glissa sournoisement des mains. Vif comme l'éclair, mon père l'a rattrapa de justesse en me faisant un clin d'oeil. Je consentis à lui répondre par un sourire qui était à la fois reconnaissance, remerciement et aveu de mon inexpérience. Au fond, j'aime bien aller à la pêche avec mon papa."

lundi 25 février 2019

Conte du lundi # 140

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JanToorop Three women in profile wih a street
Jan Toorop - Trois dames de profil avec rue.


C'est le devoir à trois points de vue...

Mon texte :

Jeanne à 17 ans :
Je l'aime ! Je l'aime à la folie ! Nous nous sommes rencontrés lors de l'inauguration, tout le monde y allait, je faisais partie des retardataires qui se pressaient vers l'allée où se dressait l'estrade du président. Je l'aime ! Je l'aime à la folie ! Sans l'avoir voulu, je l'ai bousculé sans ménagement car je courrais derrière mon frère qui ne me prêtait aucune attention et j'avais grande crainte de me perdre dans cette foule enfiévrée. Je ne connais pas du tout ce quartier, nous ne nous y rendons jamais.
Je l'aime ! Je l'aime à la folie ! Je suis devenue rouge comme une pivoine, surtout qu'il m'a retenue par le poignée. Je m'attendais à une vindicte de sa part, à un regard courroucé. Bien au contraire, il a esquissé un grand sourire, a desserré son étreinte, a ôté son chapeau et m'a dit... Mais que m'a-t-il donc dit ? Je ne sais plus. Je me suis dis que c'était le destin qui me jetait dans ses bras !

Jeanne à 39 ans
Aujourd'hui, en faisant du rangement dans mon secrétaire, j'ai retrouvé, soigneusement collées dans une page de mon journal intime, ces fleurettes qu'il m'avait offertes le jour de l'inauguration. Tout m'est revenu. Je portais ma nouvelle robe vert anis que marraine venait faire faire pour moi. J'adorais cette robe, je ne voulais pas m'en séparer, Mère ne comprenait pas pourquoi, je n'ai jamais voulu qu'elle sache. Elle était déjà souffrante à cette époque et quittait de moins en moins son lit. Père avait préféré rester auprès d'elle et nous avait envoyé, mon frère et moi, à l'inauguration. Nos parents lui avaient recommandé de ne pas me quitter de l'oeil, que j'étais jeune, qu'il y aurait sans doute beaucoup de monde. En effet, il y avait beaucoup de monde, mais le destin a voulu que je ne vois que Lui... Ces fleurettes qu'il m'avait offerte en signe d'engagement ont marquées la fin de l'insouciance de ma jeunesse. Dans quelques jours, je vais mettre au monde mon 5è enfant. Je dois me ménager à cause de mon âge. Le médecin m'a dit qu'il n'était pas raisonnable d'avoir un enfant à l'aube de la quarantaine, mais que puis-je faire face à un mari exigeant ? Mon désir secret serait d'accoucher lundi, 22 ans exactement depuis le jour de l'inauguration...

Jeanne à 67 ans
Demain, ça fera 50 ans que Mère nous a quitté.
Demain, ça fera 50 ans que je l'ai rencontré.
Demain, ça fera 50 ans que je ne l'ai jamais oublié.
Je me regarde dans la glace et je vois le visage d'une vieille femme fatiguée et triste. Mais mon coeur est resté celui de mes 17 ans. J'ai eu une vie que mon entourage estime belle, sans souci. Mes 5 enfants m'ont toujours témoigné leur affection, et leur père un amour respectable. C'est sans doute mieux ainsi.

dimanche 10 février 2019

Conte du lundi # 139

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jacqueline Gnott- keys
Aquarelle de Jacqueline Gnott

Dix mots à caser, histoire de trouver des serrures à ces clés...

Tardivement, Symphonie, Eclat, Bordure, Ergot,
Influence, Grenat, Correct, Fracasser et Parloir

Mon texte :
Elle se mit à apprécier, certes tardivement, la Grande Musique. 
Il n'est jamais trop tard pour aimer la Symphonie et ses éclats impétueux et grenats. 
Pour revenir en bordure du politiquement correct. 
Pour échapper à l'ergot tranchant des notes décadentes. 
Pour éviter de se fracasser sur l'influence des autres  styles qui vous mèneront directement au parloir.
Elle mis en miettes vinyls et galettes, déroula les rubans bruns des cassettes et scella les deux clefs de sa vie d'antan.
La grande n'ouvrirait plus jamais le studio de musique et la petite emprisonna la mallette du gramophone.
Au fil des années qui lui restaient à vivre, ces passe-partout se parèrent de rouille et de poussière.
Les clefs étaient accrochées sur le dessus de son cercueil en bois quand retentit la dernière Symphonie.
Qui peut comprendre ?
Pas moi ; j'aime toutes les musiques et j'ai jeté la clef dès le début...

dimanche 3 février 2019

Conte du lundi # 138

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leo-putz autumn-1908
Léo Putz - Autumn -1908 (détail)

Mais qu'a donc bien pu écrire Saul Smitger à Miss Sarah
pour que celle-ci soit si en colère ?...

Mon texte :

J'en ai assez ! Saul raconte à tout le monde que ma nouvelle coiffure est totalement ratée, et que les mèches que Miss Agata a passé des heures à me faire me font une tête de clown ! La dernière fois, c'était sur mon nez qu'il comparait à une "patate" et la fois d'avant, il s'acharnait sur mes "lèvres d'africaine boudeuse". Et pas plus tard que ce matin, il décrète que ma tenue ne s'accorde pas du tout, mais alors pas du tout avec la couleur de mes yeux. Que de toute façon, je suis laide et que rien ne me va.
J'en ai assez ! On dirait qu'il n'y a qu'une seule chose dans la vie qui l'amuse et le préoccupe : se moquer de moi. Il passe tout en revue : mon physique, ma coiffure, mes vêtements, ma façon de parler et même de bouger et de respirer. Je me demande s'il n'est pas malade dans sa tête.
J'en ai assez ! Père et Mère ne réprimandent jamais cette petite peste de Saul. Il peut raconter ce qu'il veut, faire tous les mensonges du monde, critiquer untel ou unetelle, ça passe. Ils le croient sur le champ, ils approuvent ses paroles sans même se remettre en question.
J'en ai assez ! Il n'y a que Miss Agata qui ne l'écoute pas trop. Enfin, je pense qu'elle n'est jamais dupe. Elle non plus ne se permet pas de l'affronter en répliquant qu'elle n'est pas d'accord, mais elle essaye de me protéger ; elle me dit qu'elle désapprouve l'attitude de nos parents, qu'ils ont tort d'aller dans son sens, qu'en grandissant il va s'attirer de réels ennuis.
J'en ai assez de ce petit frère !!!

lundi 21 janvier 2019

Conte du lundi # 136

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luigi zucchero controluce
Aquarelle de Luigi Zucchero


Cette semaine, il faut intégrer la citation suivante dans notre texte. 
Extrait d'une lettre de Vincent Van Gogh. (Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh)

"Au lieu donc de me laisser aller au désespoir, j'ai pris le parti de mélancolie active pour autant que j'avais la puissance d'activité, ou en d'autres termes j'ai préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère."


Mon texte :

C'était une journée d'hiver lumineuse grâce à un soleil décidé à se montrer enfin. On se décida un peu tardivement pour une promenade digestive après le robuste déjeuner dominical. L'air était vif, laissant présager que notre digestion en serait facilitée. Notre choix se porta vers le lac avec ses chemins bien entretenus et la paix assurée. 
Il n'y avait personne en cette fin d'après-midi. 
J'aime ce lieu. Les arbres et arbustes, plus ou moins dénudés, se mirent mélancoliquement dans l'eau paisible, à peine ridée. La nature est reine en ces lieux.
La lumière déjà colorée du couchant teintaient joliment cet écrin de nature. 
Je laissais mes compagnons marcher en avant afin d'être seule et ressentir intimement cette ambiance si particulière qui m'avait apostrophée dès notre arrivée près de l'eau.
Puis je fus saisie par la quasi absence de bruits. Que se passait-il donc ici ? Les voix humaines s'étaient éteintes avec l'éloignement. Plus le moindre souffle de vent ni chant d'oiseaux ou frôlement d'insectes. Cela devint presque pesant. J'étais comme happée dans un autre monde qui devenait hostile, menaçant. Je cherchais du regard un éclat de vie, d'espoir. Et je vis un rayon jaune d'abord tremblotant, puis il fit ruisseler sa lumière sur les quelques feuilles qui devinrent comme des papillons célestes.
"Au lieu donc de me laisser aller au désespoir, j'ai pris le parti de mélancolie active pour autant que j'avais la puissance d'activité, ou en d'autres termes j'ai préféré la mélancolie qui espère et qui aspire et qui cherche à celle qui, morne et stagnante, désespère."
Peu à peu, les sons habituels de ce lieu sonnèrent à mes oreilles. Il y eut le chant de plusieurs oiseaux invisibles, des bourdonnements, des chuintements, des murmures, et même le croassement d'une grenouille. Il y eu le froufrou des hautes herbes, le bruissement des buissons, la mélodie de l'eau qui clapote sur les berges, qui a ses petits courants secrets et des aspirations inattendues. 
Le crépuscule dura longtemps, longtemps. Il était délicieux. 
Puis le reste de la troupe me rejoignit en s'exclamant qu'il faisait déjà presque nuit, qu'il faudra revenir plus tôt la prochaine fois.
Ils ne sauront rien des instants que j'ai goûtés seule.

lundi 14 janvier 2019

Conte du lundi # 135

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mateo massagrande
 Matteo Massagrande

Nouvelle année, nouveau départ...
Aujourd'hui, on emménage !
La vieille commode a-t-elle tenu le coup ? Prendra-t-on le sofa de Tante Charlotte ?
L'armoire normande ne peut pas passer par l'escalier mais la fenêtre est grande...
Trier, garder, jeter...
Vous serez installés lundi !

Vous pouvez, bien sûr, traiter le sujet au propre : un véritable emménagement.
Mais vous pouvez aussi faire le tri au figuré : que jetez-vous, que gardez-vous de l'année passée, qu'espérez-vous obtenir de l'année nouvelle ?...
A vous de jouer !

Pour découvrir le texte de chaque participant :
clic sur 
http://lakevio.canalblog.com/


Mon texte :

Cela nous déchire le cœur mais nous devons dire adieu à ces murs.
Ces murs qui ont accueilli, abrité, protégé quatre générations de notre famille.
Ce vaste appartement autrefois meublé avec sobriété et décoré avec goût.
Aldo avait repeint les murs lorsque sa maman s'y installa pour y finir ses jours, accueillant 3 étudiants qui occupèrent les chambres des enfants devenus adultes.
Ces jeunes présences furent un joyeux réconfort malgré le chahut qui pouvait parfois survenir, mais au fil des années, ce furent des élèves respectueux qui se succédèrent. 
Après le départ d'Adela, il fallu se rendre à l'évidence : personne ne souhaitait, ne pouvait vivre dans ce logement. Le mobilier et les bibelots furent partagés, vendus. Les vêtements donnés. 
Toutefois, l'âme de la maison demeurait.
Elle caressait les murs nus, chatouillait le plafond, dansait dans les rayons du soleil qui s'invitait par les fenêtres dépouillées de rideaux.
Vous traverseriez les pièces que vous entendriez des murmures, des souffles, des soupirs. D'imperceptibles odeurs affleureraient à vos narines. Tous vos sens seraient titillés ; si vous fermez les yeux, vous verriez apparaître des ombres, des silhouettes, des présences réelles...
Sans avoir connu quiconque, vous les reconnaîtriez dans l'immédiat.
Une sorte de flash furtif. Puis tout le monde s'en va et seul le flot de lumière danse dans l'espace vide.
Le quartier est comme sinistré.
L’îlot tout entier avait été peu à peu expulsé et serait prochainement détruit.

lundi 17 décembre 2018

Conte du lundi # 134

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Andrew Wyeth - snowy morning
Andrew Wyeth - Snow morning

Qui a envie de passer Noël sur une île déserte ou au bout du monde ?
Oui, non, peut-être ?... Pourquoi ?


Mon texte :

Emilie et Paul en eurent soudain assez de ces fêtes.
Qui a dit qu'il fallait s'y investir autant ? 
Respecter les traditions était devenu dépenser un fric fou, se prendre la tête, vouloir faire mieux que les autres...
Ils réfléchirent aux fondamentaux.
De quoi avaient-ils vraiment envie ? 
Ils n'étaient pas toujours d'accord sur les petites choses du quotidien mais avaient appris, au fil des ans, à faire des compromis afin que chacun y trouve son compte. Sauf que là, pour Noël, surtout avec l'arrivée de petits-enfants, ils s'étaient laissés entraîner les années passées dans une surenchère qui soudain leur parut d'une démesure extraordinaire absurde, et cela chacun le ressenti dès la fin de l'été. 
En juillet, ils avaient accueilli avec grand plaisir leurs trois petits-enfants, avaient partagé avec eux des moments chaleureux. Puis, le dernier des vacances, lorsque les parents vinrent chercher leurs enfants, on abordait déjà la fête de Noël !!!
Eh bien, cette année, tout allait changer.
Et cela grâce à Simon qu'ils avaient connu lors de ce voyage organisé par le Conseil départemental. 
Simon allait être à la retraite et c'est la première fois qu'il s'offrait une grande sortie.
Simon est gardien de phare.
Avant de se quitter, il invita Emilie et Paul à venir le voir dans son phare avant qu'il ne prenne sa retraite. Il expliqua qu'il y avait de quoi accueillir une bonne douzaine de personnes et voilà comment l'idée leur était venue : on allait fêter Noël au milieu de la mer.
Il y aura un sapin, mais pas une montagne de cadeaux.
Il y aura un bon repas avec des produits locaux.
Il y aura l'émerveillement d'être tout en haut, voir la côte au loin, entendre le mugissement des vagues, sentir l'air iodé... un dépaysement total.
Emilie et Simon ont bien prévenu leurs enfants : vous venez les mains vides et vous verrez que nous allons tous nous échanger des cadeaux merveilleux.
Depuis ce mémorable Noël loin de la civilisation, dans un cadre atypique, chacun repensa sa vie autrement car ils avaient tutoyé le vrai bonheur !

lundi 10 décembre 2018

Conte du lundi # 133

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Andrew Wyeth On-The-Edge-
aquarelle d'Andrew Wyeth


Consignes : Maxime de Blaise Pascal à caser dans notre devoir avec le sujet qui nous sied :

"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"  in (Pensées)

Mon texte :

Cet après-midi-là, Céline demeura boudeuse. 
Lorsqu'elle était enfant, elle appréciait de passer TOUTES les vacances scolaires chez sa Tante Zélie qui vit en Normandie. Même en hiver, même les jours (nombreux) de pluie, elle aimait y aller. Tante Zélie faisait tout pour chouchouter son unique nièce car la famille de Céline n'est pas très étendue, on y bat les records d'enfant unique. Zélie avait fait exception, et elle adorait sa nièce.
Mais voilà, Céline a grandi. Elle est devenue une charmante adolescente. Ses cheveux sont restés d'un éclatant blond paille de début d'été et sa silhouette élancée l'a classée élève la plus grande en taille parmi toutes les filles de quatrième du collège. Elle est courtisée par TOUS les garçons de l'établissement, pour ne pas dire par TOUS les garçons qu'elle croise. Elle en est flattée mais également agacée, aucun ne lui plait. Toutefois, dans le coin paumé où vit sa Tante, les regards admiratifs lui manquent, même ceux jaloux des autres filles.
Zélie a tenté de la dérider, de la distraire, de l'occuper. Elle lui a proposé de sortir, de rester à la maison, de faire un jeu, de regarder la télé, de l'aider à faire ses devoirs, de lire... Céline a TOUT refusé. Zélie s'est endormie devant la télé et lorsque Céline s'en est aperçu, elle a décidé de sortir. 
Il fait grand vent. Elle frissonne. Ses pas la mènent instinctivement vers son endroit préféré. Elle s'y arrête et reste un long moment. Regarder ce panorama l'apaise malgré elle. Elle se dit : il n'y a personne ici, strictement personne et pourtant, ce n'est pas vide. Je vois presque à l'infini, la mer semble n'avoir aucune limite, et portant il y en a forcément une, est-ce que nous pourrons la voir un jour ? La mer est déchaînée, mais à qui parle-t-elle ? Au ciel ? Aux abysses ? Pas à moi en tout cas.
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie et me fascine à la fois. Je n'y comprends rien, je suis tout le temps dans la contradiction.
Céline soupira, regarda encore les vagues puis fit demi-tour.
Elle se remit en marche et, au fur et à mesure qu'elle avançait, elle se sentait étrangement mieux. Elle pensa que Tante Zélie devait l'attendre, qu'elle aurait préparé un bon chocolat chaud comme elle seule sait le faire, qu'il y aurait ces madeleines qu'elle avait enfournées dans la matinée.
Elle pensa au bon sourire de sa tante.
Elle se hâta de rentrer...

dimanche 25 mars 2018

Conte du lundi # 101

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nicolas ordinet
 Nicolas Ordinet



texte libre


lundi 12 mars 2018

Conte du lundi # 99

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harold harvey 13
Harold Harvey


Consignes : 
Les témoignages. Trois personnages. Trois points de vue.

Mon texte :

Va-t-elle valider mon projet ? J'y travaille depuis plus d'un an, j'ai la certitude d'avoir fait du bel ouvrage. Je le pense en toute modestie. J'ai respecté l'esprit de la maison, l'ensemble est cohérent, elle ne peut pas me critiquer là-dessus. Reste son appréciation personnelle, mais connaissant sa rigueur, elle saura outre-passer toute subjectivité. Je crains qu'elle n'objecte l'aspect naïf de certaines productions, mais il est évident que c'est un parti-pris en totale cohésion avec le sujet. Voilà un bon moment qu'elle est sur cette planche, je ne sais pas laquelle, je n'ose pas bouger de ma place. D'un signe de tête, elle a demandé à son assistante de venir voir et lui a chuchoté quelque chose à l'oreille.

La patronne est mitigée quant à cette planche. Elle trouve que c'est celle qui pose problème. Elle m'a expliqué pourquoi mais je ne suis pas du tout de son avis. Je suis en train de réfléchir comment le lui dire tout en ménageant sa susceptibilité et surtout celle de notre jeune artiste que je sais particulièrement sensible. Mais ne faut-il pas apprendre à entendre, comprendre et accepter les erreurs ? C'est ça qui nous fait avancer. Certes, Mathilde a un talent indéniable. En découvrant l'ensemble de son oeuvre, j'ai cru voir la perfection. Je ne trouve rien à redire. Sauf que depuis que la patronne est retenue sur cette production, le doute m'a saisie...

J'ai conscience que l'attente que je fais perdurer doit être de plus en plus pénible pour Mathilde. Cela pourrait sembler cruel, mais je cherche le petit détail qui ferait défaut. J'ai peine à le trouver. J'ai proposé une remarque à ma première assistante et cette dernière n'a toujours pas réagi. En même temps, que pourrait-elle me répondre... Je m'en veux d'une telle mesquinerie. Il me semble primordial de ne pas conclure mon appréciation par un "Tout est parfait". Pourtant, cela est parfait. Je ne voudrais pas que cette jeune fille démarre en étant sur un petit nuage. Elle doit apprendre que tout est perfectible, que le monde du travail est souvent redoutable et qu'on peut vite rencontrer meilleur que soi. D'un autre côté, au sein de mon atelier, elle ne risque rien, il est évident qu'elle est meilleure que celles et ceux qui y travaillent depuis des années. En attendant, il me faut maintenant donner mon avis en toute objectivité, je vois bien que la pauvre enfant se morfond, elle en perd les règles de bonne tenue...

- Mathilde, j'ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes engagée. Votre projet sera soumis à la prochaine commission et j'espère qu'il sera accepté comme il se doit.

dimanche 4 mars 2018

Conte du lundi # 98

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jean beraud at the telegraph 9
 Jean Béraud - At the telegraph


En lieu et place du devoir "La lettre"...

ENVOYEZ UN TELEGRAMME - STOP

Vous pouvez l'écrire seul ou l'inclure dans une histoire. A vous de décider.




Mon texte :

Jacques STOP Je pars avec lui STOP Je te laisse tout STOP Je garde juste le chapeau de Tante Hortense STOP Ne nous cherche pas STOP Il n'hésiterait pas à te tirer dessus STOP Sidonie ton ex-femme qui t'a aimé malgré tout 

dimanche 18 février 2018

Conte du lundi # 96

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couloumy annefrancoise 5
 Anne-Françoise Couloumy



Mon texte (en très grande partie réel) :

La première fois que j'ai gravi ces marches, c'était en serrant fort dans ma main des clefs. Mes clefs. Mes premières clefs.
2 jours avant, j'avais emprunté le bel escalier, large et aux marches recouvertes d'un épais tapis rouge maintenu par des barres dorées étincelantes. La gardienne, qui me précédait, m'a désigné une porte en disant "c'est là" et elle est repartie.
J'ai appuyé sur la sonnette et peu après, une dame a ouvert. Elle avait un visage sévère mais aimable. Elle a crié :
- Mario ! c'est la jeune fille pour la chambre de bonne.
Lorsque son mari est arrivé, elle m'a demandé quelles études je faisais, quels étaient mes revenus, puis elle a déclaré :
- Je vais vous faire visiter.
Elle a pris un trousseau de clefs, ouvert une porte dissimulée derrière un rideau et nous nous sommes retrouvées dans la cage d'escalier. L'escalier de service que je devrai prendre.
Au 6è étage, j'ai découvert un palier faiblement éclairé par 2 vasistas. Un petit lavabo était installé près de la porte des toilettes. Les autres portes étaient celles des chambres de bonne. 3 seulement étaient louées, les autres servant de débarras aux propriétaires.
Ma petite chambre donnait sur la rue. J'avais même un balcon !
Et voilà, c'était mon premier chez moi. Un petit espace de 9 m² mais mon petit coin de paradis !
Je travaillais du lundi au vendredi, puis tous les soirs ainsi que le samedi, je fréquentais une Ecole. Ensuite, j'ai enchaîné sur la fac. Ces années d'études ne m'ont rien apporté d'autres que des connaissances. J'ai continué de travailler dans des bureaux. Sans regrets.
Comme mes propriétaires étaient satisfaits de moi, ils m'ont permis de rester après la fin de mes études.
Parfois, je m'arrêtais dans l'escalier, non pour reprendre mon souffle (les 6è sans ascenseur vous maintiennent en forme !) mais pour écouter de la musique. Car mes propriétaires étaient tous les deux musiciens. Il était pianiste, elle était violoniste. Un jour, ils m'ont invité à un concert où Monsieur présentait sa dernière élève promis à un avenir brillant. C'est la première fois que j'allais dans une vraie salle de concert !
Après avoir emménagé en couple dans un tout autre quartier, et dans un "vrai" logement avec tout le confort (toilettes, salle de bain, cuisine...) j'ai continué de prendre de leurs nouvelles. Un jour, en réponse à mes bons vœux du nouvel an, elle m'a annoncé que son mari était parti suite à une longue maladie. Plus tard, je suis allée lui rendre visite, elle m'a montré ses mains toutes déformées : elle ne pouvait plus toucher à son violon. 
J'ai demandé à repartir par l'escalier de service, en guise de pèlerinage. Rien n'avait changé, hormis le silence...

lundi 12 février 2018

Conte du lundi # 95

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Jeff Rowland - Let it rain


Mon texte :

Avril était arrivé tranquillement, dans un printemps gentiment installé. 
Les sorties légères se mariaient aux cieux cléments avec son roi soleil régnant sans relâche.
Les esprits étaient joyeux, les corps légers, les sourires faciles.
Puis un soir, de lourds nuages commencèrent à s'amonceler. Un vendredi, bien entendu.
Ce vendredi précisément.
Ils décidèrent toutefois de se rendre à la gare.
Cette escapade avait été décidée depuis un bon moment et il leur sembla impossible qu'elle puisse être annulée. Ce serait trop injuste.
Munis d'imperméable et parapluie, c'est sous des trombes d'eau qu'ils se rassemblèrent près du wagon qui leur était attribué.
Les mines étaient déconfites, les pieds gelés, les humeurs de plus en plus sombres.
Soudain, la jeune Sandra s'exclama :
- ne vous en faites pas, les amis, j'ai apporté dans mes bagages plein de jeux de société ! Installons-nous, essuyons la buée des vitres, sourions à la vie. Tout se passera bien !

lundi 5 février 2018

Conte du lundi # 94

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alfred de richemont - crepes-waffles-pancakes

Alfred de Richemont



Sur cette heure délicieuse d'Alfred de Richemont, je vous propose un texte à trous. Il s'agit d'en trouver essentiellement les verbes ( au nombre de  15 ) qui animeront votre histoire. Faites un récit comme il vous sied, humoristique, sombre, scientifique, philosophique, ésotérique, voire érotique !... Bien sûr, vous pouvez étoffer et compléter les phrases mais ne rajoutez pas de verbes.


(Alfred, personne 1) et ( Marta, personne 2) ... 

Ils ne ...  Pourtant X ... mais Y ... 

Tandis qu'il ... , elle ... mais elle ne ... 

Parfois, elle ... , alors il ... 

Cependant, il ... ; elle ... Souvent, ils...

Surtout lorsqu'elle... et qu'il... Mais, en fait, ils...



Ils n'avaient pas été invités à fêter la Chandeleur, ni dans leur famille respective, chez leurs amis tout simplement parce qu'ils vivaient ensemble sans être mariés. Pourtant, Alfred avait plusieurs fois demandé Marta en mariage, mais cette dernière avait toujours refusé. Tandis qu'il travaillait à l'unique banque de leur petite ville, elle se rendait tous les après-midi à la Confiserie du Centre afin d'aider à la vente son vieil oncle qui espérait bien qu'elle lui succède, mais elle n'oubliait pas qu'il lui faisait toujours comprendre que, dans le commerce, son statut de "femme libre" poserait problème...
Parfois, elle se disait qu'elle allait succomber, alors Alfred se réjouissait. Cependant, il se demandait comme il expliquerait à son patron et à ses collègues ce changement. Marta n'aurait pas ce souci, elle n'avait de compte à rendre qu'à un vieux parent. Souvent, ils envisageaient de quitter cette ville et s'installer ailleurs, surtout lorsqu'elle avait subi la pression de son oncle qui avait hâte de prendre sa retraite et qu'Alfred, de son côté, se faisait gentiment traité de vieux garçon par ses collèges. Mais en fait ils aimaient tous les deux trop leur travail pour avoir envie de repartir à zéro.
Ce jour-là, la Chandeleur tombait un dimanche et ils se firent des crêpes en amoureux sans se préoccuper du reste. La vie est courte, il faut la déguster chaque jour et ne pas avoir de regrets.